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Ces derniers jours ont été assez difficiles et tristes pour nous et notre famille. Mon grand-père, que mon frère et moi appelions affectueusement Papet, s’est éteint dans son sommeil jeudi dernier à l’âge de 81 ans. De façon plutôt surprenante, je ne m’étais jamais préparer à cette situation, je ne m’y attendais pas. Curieusement, je n’ai jamais imaginé une seconde que cela arriverait pendant notre expatriation, pendant notre parenthèse américaine, pendant nos fiançailles. Je ne suis sentie bien stupide, naïve et désemparée. Je me demande si c’est une forme d’égocentrisme, d’optimisme ou d’insouciance que de penser que rien ne pouvait m’arriver de mon côté de l’Atlantique, bien occupée à croquer la vie à pleine dent, à découvrir ce pays, à préparer notre mariage.

Avec Mathieu, nous avons pu rentrer en France pour être avec ma famille pour les obsèques. Je me rends compte de la chance que j’ai eu de pouvoir être avec mes proches, peu nombreux mais unis dans la tristesse d’avoir perdu un être cher, un point de repère.  Perdre un grand parent, c’est dans l’ordre des choses parait-il. Mais c’est aussi perdre un pilier qui m’a aidé à me construire, à être la personne que je suis aujourd’hui. C’est un chapitre de mon enfance qui se tourne, le chapitre de l’insouciance, des bonheurs simples et de la liberté. C’est perdre quelqu’un qui m’a éveillée, éduquée et  chouchoutée. De nombreuses personnes qui l’ont connu ont partagé avec moi de jolis souvenirs qu’ils avaient de lui. Finalement grâce à eux, il y a eu aussi beaucoup de sourires entre les larmes de ces derniers jours. J’ai décidé d’enfiler les perles de ses différents souvenirs, les leurs et les miens pour m’en faire un collier souvenir, un doudou porte bonheur pour que je ne les oublie pas. J’avais très envie d’écrire ce collier souvenir et de le partager, le voici.

Mon Papet c’était un très bon vivant, qui préférait indéniablement le vin et le pastis à l’eau car « l’eau ça rouille » disait-il. Grace à lui je sais ce que c’est qu’une mauresque, une tomate ou un perroquet (la base de l’apéro vous diront les vrais marseillais).

Les découvertes culinaires avec lui ont rythmé mon enfance, avec lui on a mangé des lasagnes, des pieds paquets, des alouettes sans tête,  des soupes au pistou, des daubes provençales, des champignons à l’huile, des bricks à l’œuf, des fèves fraîches avec du pain craquant et du beurre, des beignets de pâtisson (qu’il appelait beignet de zigouigoui pour pas que l’on soit effrayés par le nom étrange du « pâtisson »). Jolie prouesse que d’avoir fait aimer tout cela à des enfants. Aussi il savait nous mettre en confiance et nous amadouer : chez lui, on avait les lèvres roses de grenadine ou orange de nectar d’abricot, on mangeait des crèmes caramel la Laitière et des milles feuilles pour les anniversaires. Il faisait cuire les pommes de terre dans les braises de la cheminée et mon petit frère lui disait, affolé, « Attention Papet, tu vas te buer les goits ». Pour aller à la plage, on avait toujours notre petit goûter, pain frais-nutella qu’on mangeait les doigts salés et ensablés face à la mer.

Le plaisir que je prends aujourd’hui à passer du temps derrière les fourneaux, à peaufiner de nouvelles recettes a surement ses racines dans ces souvenirs d’enfance.

Il nous a appris à mon frère et moi, à pêcher la truite et à s’en régaler le repas suivant, à secouer un noisetier pour en ramasser les petites noisettes qui roulent comme des billes jusqu’à nos pieds, à casser la coque du pignon de pin, pas trop fort pour ne pas éclater le pignon et pouvoir le fourrer dans la bouche sans morceaux de coquille, à cueillir les cerises du jardin et à ouvrir les grenades. Il nous a offert des jonquilles et des roses du jardin, du mimosa, des freesias et autres fleurs selon la saison.

Tous les étés, nous les passions à son mobil-home, insouciants, bronzés et surexcités d’être au camping pour deux mois, à Bandol, avec les cousins et les copains, à courir à la piscine, faire du vélo, de la trottinette et des dérapages dans ses graviers.

A l’âge adulte, grâce à mon Papet, j’ai appris que l’on pouvait aussi se tromper dans la vie, que l’on pouvait changer d’avis. Il y a quelques années, il avait décidé d’aller vivre à la Réunion. Outre la tristesse d’être si loin les uns des autres il s’est avéré que c’était une très mauvaise idée, que les choses ne se sont pas passées comme prévues. Revenir signifiait reconnaître son erreur, sans doute mettre son ego dans la poche. Mais comme je suis heureuse qu’il l’ait fait ! Il a passé les cinq dernières années de sa vie à être chouchouté et dorloté comme il l’avait lui-même fait avec ses proches tout au long de sa vie. Ce n’est pas quelque chose de très connu mais il était en famille d’accueil, chez l’exceptionnelle Béatrice, avec un ou deux autres pensionnaires selon la période. Les infirmiers, kiné et autres professionnels de santé se déplaçaient au quotidien à domicile. Tous étaient aux petits soins pour lui, et tous l’appréciaient beaucoup, ils étaient d’ailleurs présent lors des obsèques.

J’aime raconter nos découvertes aux Etats-Unis sur ce blog, je prends plaisir à écrire le bon côté des choses, à écrire mes surprises et étonnements de façon positive. Vivre un décès en étant à l’étranger, cela fait partie du mauvais côté de l’aventure, et c’est malheureusement quelque chose auquel je ne m’étais pas préparé. Il est difficile de réaliser cette perte et de faire son deuil en étant loin. Pouvoir revenir en France pour les obsèques m’a beaucoup aidé et j’ai une pensée très émue pour tous ceux pour qui ce n’est pas possible, qui doivent faire leur deuil à distance. Ecrire tous ces jolis souvenirs m’a personnellement beaucoup aidé, je voulais qu’il y ait un peu de mon Papet sur ce blog, cette idée me plait.

Merci du fond du cœur d’avoir lu cet article,

Ludivine